De décrocheurs à développeurs, l’école qui repêche les ados par le code


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De décrocheurs à développeurs, l’école qui repêche les ados par le code

Ils n’ont que 15 ou 16 ans et pourtant, ils ont déjà dit “ciao” à leur collège/lycée pour se former au métier de développeur. Neuf élèves composent la première promotion d’EdenSchool, école qui a ouvert ses portes en septembre 2017 à Villeurbanne, à quelques minutes du centre ville de Lyon. L’établissement privé hors contrat, labellisé Ecole de production, propose à des adolescents de devenir en deux ans, développeur web et mobile.

Depuis quelques années, les développeurs, ces petites mains qui construisent techniquement les programmes, les sites web et les applications smartphone dont on se sert tous les jours, sont parmi les salariés plus courtisés de France. On les compare volontiers à des mercenaires, pour la manière qu’ils ont de sauter de projets en projets, au gré de leurs ambitions salariales. Pourtant, face à cette pénurie de main d’oeuvre, aucun “bac professionnel code/développeur” n’a encore vu le jour dans l’Education nationale. 

Des élèves soulagés de quitter l’Education nationale

Un vide béant qui a inspiré le projet EdenSchool à ses trois-cofondateurs, Pierre Maillet, ancien directeur informatique, Hélène Ribéro, psychologue de l’Education nationale et Ségolène de Montgolfier, salariée de la fondation Evolem Citoyen, un des principaux mécène de l’école. L’établissement a en commun avec l’école 42 de Xavier Niel le fait qu’aucun diplôme ne soit requis à l’entrée. La comparaison s’arrête là. Car EdenSchool, peut s’intégrer dès l’âge de 14 ans (contre 18 ans dans l’école fondée par Niel) et les élèves reçoivent des cours d’enseignement généraux, équivalent bac pro.

Enfin, l’école ne forme pas seulement des développeurs, mais aussi de jeunes futurs adultes capables de se comporter en professionnels dans l’entreprise qu’ils intégreront. Outre l’assimilation de multiples langages informatiques, les élèves auront deux ans pour apprendre à utiliser leur réseau, rédiger des lettres de motivations, réussir un entretien d’embauche et travailler en équipe. “Ici c’est une école complète, qui fait grandir les élèves. On forme aussi les jeunes pour qu’ils soient bien dans leurs baskets”, explique le directeur Pierre Maillet.

Les élèves qui ont débarqué dans les petits locaux d’Eden School en septembre dernier, étaient pour la plupart en difficulté scolaire. Démotivation, mauvaises notes, troubles de l’attention, retards et absences répétés…Tous admettent un certain soulagement d’avoir quitté pour de bon la classe à la papa. Certains, comme Melvin, 16 ans, n’allaient “quasiment plus en cours”. Ludivine, qui n’était “forte qu’en dessin”, dit avoir souffert de harcèlement scolaire et de ses résultats médiocres. Raphaël, 17 ans, s’ennuyait ferme dans son lycée privé suisse. Killian, qui avait entamé une Première STI2D, en avait marre de coder “seulement quelques heures par semaine sur des logiciels déjà obsolètes”. Certains élèves codaient depuis leur plus jeune âge, d’autres en revanche, ne s’y étaient jamais exercés.

Les élèves vendent leurs applis à des entreprises

Alors à EdenSchool, les élèves apprécient rentrer directement dans le vif du sujet : ils passent 2/3 de leur temps à coder sur leur Macbook portable et 1/3 de leur temps en classe. Mais les heures passées à aligner des phrases de code informatique ne sont pas virtuelles. L’école se finance en partie grâce au travail des élèves, qui développent pour des entreprises clientes, de vrais sites internet et de vraies applications mobiles. Les jeunes sont supervisés par deux maîtres professionnels, Jérémy et Emilie, respectivement ancien lead développeur et cheffe de projet dans le numérique. “On s’aligne sur les prix du marché, seuls les délais sont plus longs. Les sociétés qui font appel à nous ont réellement besoin du produit, mais elles le font aussi car elles savent qu’elles vont aider des jeunes à progresser”, explique le directeur de l’école. Cette année, les étudiants auront vendu pour 26.000 euros de projets, un chiffre qui a vocation à monter en puissance au fur et à mesure que l’équipe affine sa pédagogie. “Le fait de travailler sur des projets réels, c’est motivant mais on a aussi la pression, quelques uns sont partis”, raconte Raphaël. L’école qui avait commencé l’année à 14, a perdu 5 de ses élèves au cours des premiers mois.

Les règles de vie d’EdenSchool

La première année d’une école est toujours celle du rodage. Le programme construit par les trois co-fondateurs s’appuie pour la partie technique sur les exigences professionnelles demandées à un développeur junior. Pour les matières scolaires, sur le programme d’un bac pro Système Electronique Numérique. Des objectifs réalistes, mais qui n’avaient pas totalement intégré le manque d’autonomie et de maturité d’élèves dont la moyenne d’âge est de 16 ans. Ainsi, au fur et à mesure de l’année, la direction a mis en place une discipline plus stricte, notamment sur les retards et les comportements entre élèves. “On a eu beaucoup de progrès, mais pas aussi rapides que l’on attendait. Certains jeunes n’avaient pas la capacité d’apprendre tant qu’ils n’avaient pas repris confiance en eux”, analyse Hélène Ribéro.

Si certains souhaitent immédiatement travailler à leur sortie de l’école, d’autres qui avaient pourtant développé un réel dégoût pour les études, projettent de continuer. “Notre objectif est d’intégrer 42 ou le 101” (la réplique lyonnaise de 42), expliquent Killian et Raphaël. L’équipe de l’école fait le pari que 75% de ses élèves continueront leurs études. En attendant de voir leur première petite promo se mesurer au marché de l’emploi, EdenSchool voit déjà les choses en grand. L’ambition de la direction est d’ouvrir un établissement à Paris dès la rentrée 2019, et quatre autres écoles d’ici 5 ans, avec des promotions d’une vingtaine d’élèves. De futurs développeurs, qui seront probablement absorbés par les énormes besoin en recrutement du secteur. La Fédération Syntec, qui regroupe les entreprises du numérique a relevé que la pénurie de développeurs avaient, pour la première fois l’année dernière, constitué un frein au développement des entreprises françaises.  

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